À entendre Gabriel Attal, le sujet des gens du voyage se résumerait à une question d’autorité. Il faudrait être plus ferme, plus rapide, plus répressif. Je ne partage pas cette vision. Non pas parce que je serais moins attaché que lui au respect de la loi. Au contraire. La loi doit être respectée par tous.
Les occupations illicites doivent cesser, les propriétaires doivent être protégés et les élus locaux ne peuvent plus être laissés seuls face à ces situations. Il s’agit là d’une exigence républicaine. Mais une autre exigence républicaine est trop souvent passée sous silence : la République doit aussi respecter la loi qu’elle impose.
En tant qu’élu de la Métropole européenne de Lille (MEL), je connais ces réalités. Je rencontre les maires confrontés aux installations illicites. J’entends les inquiétudes des riverains. Mais je rencontre aussi les familles des gens du voyage, et je vois ce que beaucoup préfèrent ignorer.
Situation « indigne de notre République »
Il y a quelques jours, avec le maire de Ronchin, Ulric Vanacker, je suis allé à la rencontre de familles contraintes de quitter une aire d’accueil devenue inhabitable. Trente-sept familles vivent aujourd’hui à proximité immédiate d’une cimenterie, dans une poussière permanente qui recouvre tout. Des enfants grandissent dans cet environnement. Ils respirent cet air chaque jour.
Cette situation est indigne de notre République.
Soyons honnêtes : aucun d’entre nous n’accepterait de vivre à cet endroit, avec ses enfants dans de telles conditions. Dès lors, pouvons-nous demander le respect de la loi à des familles lorsque les pouvoirs publics ne respectent pas eux-mêmes leurs propres obligations ?
« On ne peut pas avoir une République exigeante avec les plus faibles et indulgente avec elle-même. »
Car la loi est claire. Les collectivités compétentes – qui sont parfois bien seules pour faire face à leurs obligations, malgré l’engagement de ses agents – doivent créer, entretenir et rendre disponibles des aires d’accueil dignes et adaptées.
Lorsque ces équipements sont insuffisants, saturés ou insalubres, c’est un échec politique collectif. C’est aussi un cruel manquement à une responsabilité que la République s’est elle-même fixée. On ne peut pas avoir une République exigeante avec les plus faibles et indulgente avec elle-même.
Voilà ce qui me sépare de Gabriel Attal sur ce sujet
Là où il construit un discours autour d’une catégorie de Français, je préfère parler de responsabilités partagées. Là où certains entretiennent l’idée qu’il suffirait de désigner un responsable, je rappelle qu’il existe des devoirs de part et d’autre. Être républicain, ce n’est pas choisir les articles de loi qui nous conviennent. C’est les faire appliquer tous, et à tout le monde.
Une République « fidèle à sa promesse »
Comme me l’a confié une mère de famille : « Aujourd’hui, la société nous sédentarise. Ce n’est pas notre mode de vie, mais nous l’acceptons. La seule chose que nous demandons, c’est de vivre dignement et tranquillement pour permettre à nos enfants d’aller à l’école. »
« La République n’est crédible que lorsqu’elle est cohérente. »
Cette demande n’a rien d’un privilège. C’est une exigence de dignité. Et la dignité n’est pas une faveur que la République accorde ; c’est un droit qu’elle se doit de garantir à chacune et à chacun. Être de gauche, pour moi, ce n’est pas nier les difficultés ni excuser les comportements qui enfreignent la loi. C’est refuser les amalgames, défendre l’État de droit dans son intégralité et aller sur le terrain pour résoudre les problèmes plutôt que les instrumentaliser.
La République n’est crédible que lorsqu’elle est cohérente, que lorsqu’elle traduit dans ses actes sa devise : liberté, égalité, fraternité. Elle ne peut pas demander des devoirs sans assumer les siens.
C’est cette République-là que je continuerai à défendre : une République ferme lorsqu’il le faut, juste en toutes circonstances et surtout fidèle à sa promesse.
Tribune à retrouver avec le lien suivant :https://www.latribune.fr/article/la-tribune-dimanche/opinions/52041230427690/opinion-la-republique-doit-garantir-la-dignite-humaine-de-tous-par-baptiste-menard-conseiller-a-la-mel-et-adjoint-a-la-maire-de-mons-en-baroeul