Marine Tondelier se dit prête à « rediscuter avec tout le monde à gauche ». Cette perspective fait ressurgir le spectre d’un nouvel accord avec La France insoumise. Je la crois profondément mauvaise et je m’y opposerai pour au moins trois raisons.

 

La première tient à ce qu’elle dit de nous-mêmes. À force de nous demander avec qui nous pourrions nous allier pour ne pas perdre, nous finissons par intérioriser l’idée que nous avons déjà perdu.

DÉSACCORD AVEC LFI

Je refuse ce postulat. Absolument rien ne condamne la gauche républicaine, écologique et démocratique à l’échec. Absolument rien ne nous oblige à considérer que notre avenir dépendrait d’un accord électoral conclu avec ceux dont nous ne partageons pas les choix essentiels. Et absolument rien ne serait plus paradoxal que de renoncer aujourd’hui à porter une écologie exigeante et populaire, au moment même où le réel nous rappelle sa nécessité : canicules, sécheresses, incendies… autant d’événements qui ont marqué cet été et qui ont si durement frappé nombre de nos concitoyens.

Un espace politique ne se reconstruit pas en commençant par négocier les conditions de sa survie. Il se reconstruit, au contraire, en étant fidèle à ses principes et à ses idéaux, en retrouvant une raison d’être, une voix ainsi qu’une crédibilité pour regagner la confiance des électeurs.

Mon deuxième désaccord est plus simple : pour faire un accord, encore faut-il être d’accord. Or, nous ne le sommes pas avec LFI sur des questions essentielles. Nous divergeons sur la République et l’universalisme. Nous divergeons sur la manière d’exercer le pouvoir. Nous divergeons sur l’Europe et sur la place de la France dans le monde. Nous divergeons sur l’économie et sur le rapport à la dette.

UNIVERSALISME RÉPUBLICAIN

On peut évidemment discuter, débattre et parfois même voter les mêmes textes, mais une alliance politique signifie autre chose. Elle dit aux Françaises et aux Français que, malgré nos différences, nous partageons suffisamment de principes et d’objectifs pour envisager une gouvernance commune sur la base d’un projet commun. Il n’en est rien aujourd’hui.

Mon troisième désaccord porte donc sur ce que recouvre un mot : la gauche. L’appartenance à la gauche n’est ni un héritage que l’on posséderait définitivement, ni un positionnement sur un échiquier politique. Elle engage une certaine idée de l’émancipation, de l’égalité et de l’universel. Or, la France insoumise a progressivement fait un autre choix : celui du populisme.

Là où la gauche doit rechercher ce qui rassemble au-delà des appartenances, LFI joue de plus en plus sur la fragmentation et la division de nos compatriotes. Là où l’universalisme républicain considère d’abord des citoyens égaux, LFI impose une vision communautarisée des individus et de la société. Là où nous avons besoin d’une gauche capable de gouverner, elle fait de la conflictualisation permanente et de la violence politique une méthode de gouvernance. Ce désaccord n’est pas tactique, il est central.

VALEURS ET CONVICTIONS

Voilà pourquoi je ne crois pas qu’un nouvel accord avec LFI puisse demain être envisagé et, pire encore, nous être présenté comme une simple nécessité électorale. On ne troque pas ses convictions et son identité politique pour des circonscriptions. Et si un tel accord devait malgré tout advenir, nous serions nombreux à ne pas l’accepter et à ne pas nous y soumettre. Car il y a quelque chose de pire que la défaite électorale : c’est d’organiser nous-mêmes notre propre reddition, notre propre disparition.

Les valeurs et les convictions ne sont pas à mégoter au gré des intérêts électoraux ou pour préserver quelques prés carrés électoraux. L’honneur de la politique consiste à rester fidèle à ce que nous sommes et à convaincre nos compatriotes que nous avons le projet qui convient pour résoudre les problèmes qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne.

C’est comme cela que nous battrons le RN, et non pas en nous associant à une force politique, en l’espèce LFI, qui, par ses outrances, le renforce. Porter une gauche républicaine, écologique, populaire et démocratique, capable de s’adresser à l’ensemble du pays : voilà l’enjeu des échéances électorales de 2027 ! Voilà ce que doit être notre ambition collective !