BAPTISTE MÉNARD

Il est peut-être temps de cesser de faire de LFI l’alpha et l’oméga de nos réflexions sur l’avenir. Les ambiguïtés et les propos emberlificotés d’Olivier Faure dans l’entre-deux-tours des municipales ont été sanctionnés par nos électeurs avant même de l’être par nos militan

Adjoint à la maire de Mons-en-Barœul (Nord), conseiller à la métropole européenne de Lille et président du collectif Lueurs Républicaines, Baptiste Ménard estime que la social-démocratie dispose encore d’atouts pour gouverner.

 

Il y a, dans le moment politique que nous traversons, un paradoxe devenu insoutenable : une gauche sociale-démocrate existe, structurée, expérimentée, ancrée – mais elle n’occupe plus l’espace. Pendant que d’autres imposent leurs mots, leurs conflits, leurs imaginaires, elle hésite, se fragmente, se retient. Et dans cet intervalle, elle recule.

Car en politique, le vide n’existe pas : il est toujours rempli par ceux qui parlent le plus fort, le plus vite, le plus simplement. Or, cette gauche n’est ni marginale, ni résiduelle. Elle est même, à bien des égards, majoritaire dans le pays réel. Elle gouverne des territoires, elle administre des collectivités, elle pense l’économie, elle porte une certaine idée de l’État. Elle n’a jamais cessé d’exister. Elle a simplement cessé de se dire. Regardons-la.

UNE TRADITION BIEN VIVANTE

Karim Bouamrane qui démontre, dans les quartiers populaires, qu’une gauche de responsabilité peut gagner sans céder à la conflictualité permanente. Carole Delga qui incarne la solidité territoriale d’un socialisme de gestion, enraciné, efficace. Raphaël Glucksmann, qui avec Aurore Lalucq, a rouvert un horizon européen et social-démocrate que beaucoup pensaient refermé. Bernard Cazeneuve rappelle ce que signifient encore le sens de l’État et l’exigence régalienne. Anne Hidalgo, qui a su ouvrir puis concilier le socialisme à l’écologie. Jérôme Guedj, qui maintient une ligne universaliste dans un contexte où elle est souvent caricaturée. Hélène Geoffroy qui porte une parole exigeante loin des assignations et des simplifications. Et jusqu’au retour de François Hollande, qui signale que cette tradition politique n’a pas disparu.

Tout est là. Les expériences, les ancrages, les compétences, les sensibilités. Mais à force d’être plurielle, cette gauche est devenue illisible. À force d’attendre une incarnation unique, elle s’est privée d’une parole collective. À force de prudence, elle a laissé le terrain discursif à d’autres. Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon impose une conflictualité permanente comme horizon politique. Jordan Bardella installe une autre grammaire, plus identitaire, plus frontale.

Ils parlent. Sans cesse. Ils saturent. Et cette saturation produit des effets : elle redéfinit les priorités, elle recompose les affects, elle déplace les lignes de fracture. Face à cela, le silence n’est pas une posture. C’est une défaite. Il ne s’agit pas ici d’appeler à une unité artificielle, ni de nier les divergences. Il s’agit de retrouver une capacité d’énonciation.

PRENDRE LA PAROLE

Dire ce que cette gauche est clairement. Une gauche sociale-démocrate, qui assume l’économie de marché sans s’y soumettre ; une gauche républicaine, qui refuse les assignations identitaires sans nier les fractures ; une gauche européenne, qui pense la souveraineté à l’échelle du continent, une gauche attachée à l’État, mais aussi aux territoires, aux réalités concrètes, aux vies ordinaires.

Cette ligne existe. Elle est même, en creux, attendue. Mais elle doit maintenant se formuler, se défendre, s’incarner progressivement. Car la bataille en cours n’est pas seulement électorale. Elle est culturelle, symbolique, discursive. Et dans cette bataille, ne pas parler, c’est déjà perdre. Il est temps que cette gauche prenne la parole – non pas d’une seule voix encore, mais au moins d’une voix audible. Maintenant.

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